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blog de Ségou

Sur cet espace, je m'exprimerai sur des sujets variables qui sont mes centres d'intérêt et qui couvrent divers aspects allant de la politique africaine à la littérature négro-africaine en passant par le sport et la musique.

12 juin 2010

Tant que je Serai Noire

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Les belles rencontres sont tellement faciles à raviver. Longtemps, « Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage », le premier volet autobiographique de Maya Angelou, est resté mon œuvre préférée. Longtemps j’ai désespérément essayé, jusqu’à l’oubli, d’en lire la suite. Je ne pouvais aborder l’œuvre dans la langue de Shakespeare. Mais je ne trouvais pas les traductions en Français des suites. Et puis  la retrouvaille imprévue récemment : « Tant que je serai noire », la suite. Maya Angelou, victime d’inceste, enfant-mère  puis mère seule dans le premier volet a grandi. Elle parcourt sa trentaine. Elle élève toujours toute seule son fils Guy qui aborde l’adolescence. Sans formation professionnelle précise, elle est une chanteuse moyenne qui aspire à être écrivain. Elle espère toujours le prince charmant. Elle se découvrira de redoutables capacités d’organisatrice qui lui vaudront d’être cooptée parle bureau new-yorkais de la SCLC (Southern Christian Leadership Conference) de Martin Luther King. Devenue de fait militante pour les droits civiques en ces années 50-60, elle rencontrera l’amour en la personne de Vuzumbi Make, cadre du Congrès Panafricain, un parti politique sud-africain radical (dont les membres les plus actifs sont obligés de vivre en exil) fort actif en ces années de la brutalité de l’apartheid.

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Le parcours, les rencontres de Maya Angelou nous mènent ainsi des Etats-Unis à l’Afrique, en passant brièvement par l’Europe, au cœur du bouillonnement militant de ces décennies 50 et 60. De la lutte pour les droits civiques dans son pays à la lutte contre l’apartheid – et les luttes pour les indépendances – Angelou est un trait d’union entre la terre d’origine et le sol américain.

Durant les années de quête infructueuses des volumes suivants de l’autobiographie de Angelou, je n’ai pas manqué une occasion de prêter attention à son propos chaque fois qu’il me parvenait. Et rien de ses allures de grand-mère sage et surement tendre ne m’avait laissé deviner la jeune adulte timide et peu sure d’elle même qu’elle fut.

Une vie pleine d’enseignement !

"Tant que je serai noire" Ed. Le livre de Poche

 

 

 

Posté par segou à 18:17 - LITTERATURE: - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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23 février 2010

Malheur, information et proximité :

imagesA quoi tient la proximité qui s’établit entre un inconnu éprouvé et soi ? A peu de chose parfois. Comme un trajet commun même utilisé à des années de différence. Quand l’effondrement fatal d’un  immeuble, suite à une explosion de gaz, a récemment endeuillé une province belge éloignée de la capitale du pays où je vis, j’ai été très peu concerné par ce drame. Le traitement de l'information étant resté purement intellectuel. Une pensée pour les sinistrés. Une idée – convenue – sans implication thymique. Pourtant la tragique collision, entre deux trains transportant des voyageurs, survenue ce 15 février, non loin de Bruxelles, a suscité en moi réel émoi. J’ai une réelle empathie pour les victimes de cet accident. Pourquoi me sens-je plus proche de ces dernières victimes que des premières qui m’étaient pourtant tout autant inconnues ? Pourquoi ce traitement différencié – par la pensée dans le premier cas, par le cœur dans l’autre - de deux accidents qui me sont tout autant étrangers ? Sans doute qu’inconsciemment, le fait d’avoir régulièrement emprunté le trajet de ces trains, il y a quelques années, y contribue. Peut-être un fond de pensée magique. Le sentiment me semblant fort réaliste qu’à quelques années de distance, j’eusse pu me trouver dans l’un de ces trains. Par contre, n’ayant jamais vécu à Liège, la ville de l’explosion de gaz, n’y étant passé que de rares fois – et encore des jours de pluie - ce lieu pourtant si proche est lointain.

Qu’est-ce donc que la proximité en matière d'information ? 11H30 en ce 15 février. Mon GSM sonne. Un numéro du pays qui n’est pas dans mon répertoire. Je n’aime pas ces appels là. Moment d'hésitation. Répondre quand même, malgré le "rush". Au bout du fil, la voix toujours posée et apaisante de mon jeune frère. Il téléphone pour s’enquérir des nouvelles de ma petite famille « après ce qui vient de se passer en Belgique ». Mais que s’est-il donc passé en Belgique de si préoccupant que j'ignore ? Un train a déraillé près de Bruxelles. Il y a plusieurs morts. On s’inquiétait pour vous. Tout va bien. Merci. Pour l’inquiétude. Et pour l’information émise de 6000 km au sujet d'un événement en cours à pas même 20 km du lieu où je me trouve. Quelle est donc l'unité de mesure de la distance quand on parle d’« information de proximité » ?

 

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20 février 2010

L'ENIGME DU RETOUR

im_laf__nigmJe ne me souviens pas du dernier Laferrière que j’ai lu avant celui-ci. Je me souviens en revanche la première fois que j’ai rencontré le personnage dans les années 1990. C’était au forum principal de la « Foire du Livre de Bruxelles ». Les assistants, nombreux à écouter un écrivain, je ne sais plus lequel, qui avait pignon sur rue vidaient les lieux à l’annonce de celui qui allait occuper le podium : Dany Laferrière. Ce dernier, arrivant sur le moment, se mit en tête de retenir les fuyards, de son envergure bras tendus, leur criant que Laferrière c’était lui. A la fin de son intervention ce jour là, le forum était plein et l'assistance visiblement n'avait pas vu passer le temps. J’étais jeune, vivant loin de mes parents, dans un environnement qui n'avait  de cesse de me renvoyer une image dévalorisante de moi-même. J’étais jeune et peu sûr de moi. J’étais jeune et en quête de modèles qui me ressemblent pour construire mon estime de moi. Cette scène dont Laferrière fut l’acteur principal y a contribué en même temps qu’elle constitua mon ancrage dans la littérature haïtienne. Je lus par la suite, non je dévorai, boulimique,  bien de ses productions :  « Pays sans Chapeau », « Le Charme des Après-midi sans Fin », « Le Goût des Jeunes Filles », etc… jusqu’à être un jour déçu par le personnage. Non pas par son œuvre mais par cette propension qu’on retrouve chez certains auteurs blacks à vouloir s’inscrire exclusivement dans ce vaste piège occidental qu’est la notion « d’humanisme ». A prétendre n’écrire de nulle part que de ce lieu  qui finit parfois par avoir le concret d’un lieu géographique. Et puis il y a eu un numéro récent de « La Grande Librairie » où il était invité. C’était avant le prix Médicis. Et l’envie m’a de nouveau pris de lire cet auteur prolifique.

im_laf_Il y a quelques années déjà Laferrière disait en avoir fini avec son « autobiographie à l‘Américaine », cette autobiographie romancée qui constitue l’essentiel de son œuvre. Il ne faut pas croire un écrivain. Puisqu’il fut repris par son démon. Après avoir confronté, de son exil, le pays rêvé au pays réel en puisant dans ses souvenirs, l’auteur va tenter, dans cet « Enigme du Retour » , à partir de ses souvenirs, de retrouver sa place dans le pays qu’il a quitté une trentaine d’années auparavant. 

A l’occasion du décès d’un père qu’il n'a pratiquement pas connu – pourtant mort et enterré en exil – l’auteur décide de faire le voyage retour vers le pays réel. L’alibi est le soutien à sa veuve de mère. Pourtant sur fond du « Cahier d’un Retour au Pays Natal » de Césaire, il va partir à la rencontre du visage reconstitué, par le récit de ceux qui le fréquentèrent, de ce père qu'il a si peu connu. Par le récit de témoins mais aussi par la contextualisation, dans le décor réel, du militantisme politique qui valut l'exil à ce géniteur. Chemin faisant il dresse, à la manière d’un peintre naïf, le portait réaliste de ce pays. Misère, pauvreté mais aussi flamboyance et exubérance en sont les lignes de force. A la fois marionnettiste et corde invisible au profane,  qui imprime le mouvement global, définit les rapports humains, il y a le vodou. J’ai beaucoup aimé la façon dont Laferrière le figure dans le tableau général. Il en fait ce qu’il est vraiment. Pas un culte. Il n’y pas la vie entrecoupée de moments « religieux ». Non. L’une est mêlée à l’autre. L’autre s’exprime forcément quand l’une se manifeste. Je connais bien cette réalité que l’on résume dans mon pays par cette expression – les chiffres sont fictifs : « Au Cameroun, il y a 75% de chrétiens, 20% de musulmans et 100% d’animistes ».

J’ai renoué avec Laférrière et retrouvé ce style particulier faussement nonchalant mêlant vers sans rime ni rythme à une prose faite de phrase apparemment détachée. L’ensemble est toujours pourtant d’une belle cohérence. Petite déception cependant, je trouve que ce style va mieux avec le format poche de chez « Motifs »/  « Serpent à plumes » qui est la seule présentation sous laquelle j’avais tenu les œuvres de Dany jusque là. Grosse surprise : je me demande ce qui détermine les jurys de prix littéraires. Car si c’est le style qui est récompensé, alors cet auteur aurait dû recevoir ce prix au moins une demi-douzaine de fois par le passé.

 

L'ENIGME DU RETOUR, Ed Grasset. Prix Médicis 2009

Posté par segou à 22:45 - LITTERATURE: - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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13 février 2010

Haïti...Aië_iti

 

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Un mois déjà que cette moitié d’île qu’est Haïti a été une fois encore, une fois de trop, le théâtre d’une horrible tragédie humaine.  Un mois déjà que je vis une curieuse expérience de mutisme à la suite du violent séisme qui a frappé ce pays que la folie des hommes n’a pourtant pas épargné au long de ses deux cents ans d’indépendance. 7,3 de magnitude sur l’échelle de Richter. Jusqu’à ce 13 janvier 2010, ce chiffre n’avait aucune résonnance en moi. Désormais j’ai une certaine conscience des drames qu’il signifie.

13 janvier 2010. Comme tous les matins je suis pris de cette agitation que connaissent ceux qui ne sont pas organisés. Mille choses à faire avant de me rendre au boulot. Les tâches  répétitives obligées. Se laver. Préparer le petit à aller chez sa gardienne. Réfléchir à ce qu’on mettra. Quelle quantité d’effet exige l’activité professionnelle du jour? Se vêtir. Si possible boire une tasse de thé pour bien commencer la journée. C’est la date limite pour effectuer ce virement qui aurait dû être fait il y a plusieurs semaines déjà. Répondre à ce mail qui était urgent il y a quinze jours . La radio en fond sonore. Ma conscience fixe au hasard quelques nouvelles du jour. Séisme en Haïti la veille. 7,3 sur l’échelle de cher Richter. Pas d’images pour se faire une idée de l’ampleur des dégâts mais le pire est à prévoir. Vite un mail à cette connaissance haïtienne qui vit entre le « pays en dedans » et le « pays en dehors ». Lui dire que j’espère que les dégâts ne seront pas trop importants et qu’en tous les cas ses proches auront été épargnés. Et cette question naïve pour conclure mon texte: « que peut-on faire ? »

Le mutisme n’a commencé que bien plus tard. Avec la vision des premières images. La prise de conscience de ce qu’est 7,3 d’une échelle sismologique traduit en douleur humaine. En désespoir. En gravats. En enfants orphelins. En errances humaines. Comment dire cet horrible désordre ? Comment dire mon ressenti de ce drame ? « Que peut-on faire ? » Quelle vaine prétention d’avoir cru le moindre de mes gestes, ma plus intime sympathie capable de peser d’un quelconque poids dans le sort de toutes ces victimes qui avaient tout perdu ? L’absence de mots a commencé bien plus tard. Quand j’ai voulu dire ma douleur, moi qui n’ai perdu personne dans cette catastrophe. Je veux dire aucun proche au sens de famille. Au début j’ai été inquiet pour quelques uns des artistes que j’apprécie et qui vivent sur place. Très vite, via internet ou les médias classiques, j’ai été rassuré quant au sort de L. Trouillot, Franketienne dont l’atelier s’est effondré mais qui est lui même bien vivant, G. Victor ou encore K. Mars. Pas plus tard qu’à l’instant, j’ai lu la première réaction de Roody , bloggeur haïtien sur les pages de qui j'erre souvent. Certes mon ami, celui à qui j’ai adressé ma première réaction ne m’a toujours pas répondu. Je reste optimiste en pensant qu’il est fort préoccupé par le sort des siens.

Et pourtant le mutisme persiste. Celui qui ne m’empêche pas de parler de bien de balivernes de mon quotidien comme la décevante CAN 2010, mais me rend incapable d’exprimer mon ressenti un mois après ce séisme.

Aussi ai-je résolu de me contenter, formule convenue, d'adresser au peuple haïtien « toute ma sympathie » en ces heures douloureuses!



 

Posté par segou à 23:57 - REFLEXIONS: - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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